A lissue de Gênes,
le 18 ème camp international de jeunes révolutionnaires
par Penelope Duggan*
Le 18e camp des organisations de jeunesse en solidarité avec la IVe Internationale était prévu en Italie depuis 1998. Au début lidée était de mettre en valeur le travail des camarades du courent Bandiera Rossa au sein des Giovani Comunisti (organisation de jeunesse du Parti de la Refondation Communiste PRC) en leur fournissant une occasion de présenter la IVe Internationale en chair et en os à leurs sympathisant(e)s, et également de présenter leur travail politique au sein de cette organisation de jeunesse de masse à des jeunes dautres pays.
Le développement du mouvement contre la mondialisation capitaliste a donné une toute autre signification à ce rendez-vous. Le camp étant prévu dans la semaine qui suivait la mobilisation pour Gênes, le défi qui se présentait en premier lieu aux camarades italiens, mais également à toutes les délégations quelles viennent de la Pologne ou du Portugal, de la Suède ou de la Grèce était de lier les deux mobilisation et faire du camp un rendez-vous indispensable pour un courant résolument anticapitaliste qui doit commencer à se dégager au sein du mouvement.
Déjà au stage de préparation de Pâques, qui rassemblait des représentants de la plupart des délégations qui devaient être présentes au camp pour décider ensemble du programme sous tous ses aspects, les opportunités et les problèmes découlant de cette coïncidence des dates avaient été largement débattus. Comment combiner la mobilisation pour le camp avec la participation à la mobilisation unitaire large dans les divers pays, comment faire face au nombreux problèmes techniques et financiers posés par la nécessité de passer un, voire deux ou trois jours à Gênes, sur la route du camp. Il fallait plus dargent, plus de temps, plus defforts de la part de toutes les délégations.
Mais elles ont répondu au défi. Plus de quatre cents jeunes de 18 pays se sont retrouvés dimanche 23 juillet dans la région de Lazio au nord de Rome pour commencer une semaine de forums, de commissions et de fête, tournant autour du thème des luttes contre la globalisation capitaliste.
Cest vrai que larrivée fut difficile. Après avoir beaucoup manifesté dans les conditions très dures de Gênes, et ayant peu dormi et surtout peu mangé, les conditions spartiates du camp ont fait un peu grincer les dents. Mais, depuis dix-huit ans, les habitudes se sont installées et sont passées dune génération à lautre, et très rapidement, tout le monde sy est mis pour mettre les dernières touches à linstallation du camp. Pendant la semaine, ils ont disposé dun chapiteau avec traduction simultanée en sept langues pour les forums, dun grand tunnel couvert qui faisait village international dans la journée et disco la nuit, dun espace femmes non-mixte et dun espace lesbigay, dune infirmerie, dun espace « direction » pour le secrétariat et les réunions de la coordination du camp et dun espace bar avec des tables dehors à lombre. Un confort non négligeable quand la température moyenne tournait autour de 35°. Malheureusement il ny avait pas despace ombragé pour les tentes donc tout le monde était obligé dêtre debout de bonne heure ! Mais on se rappelait des trois jours sous la pluie au Portugal lannée dernière et à choisir entre les deux
Une fois tout installé et le planning des équipes qui devraient se charger pendant toute la semaine du nettoyage, de la sécurité et du bar mis en place, on sest attelé à la politique.
Le camp a été ouvert par Livio Maitan, dirigeant de longue date de la IVe internationale et de sa section italienne, et également aujourdhui membre de la direction nationale du PRC. Il a brossé lun tableau de la situation politique aujourdhui et fait au chaud une première analyse du tournant représenté par la mobilisation et la répression qui venaient se produire à Gênes.
Ce thème devrait être approfondi pendant toute la semaine, Christophe Aguiton, dirigeant du mouvement contre la mondialisation capitaliste et dATTAC France situait le tournant Gênes dans le contexte du mouvement international. Gigi Malabarba, dirigeant syndical et animateur du mouvement italien contre la mondialisation capitaliste, sénateur du PRC, parlait plus particulièrement de Gênes dans le contexte politique italien.
A côté des analyses de lévolution du mouvement et du contexte politique, il fallait explorer plus en profondeur les mécanismes de la globalisation, comme la dette chose faite par Éric Toussaint du Comité pour lannulation de la dette du Tiers-Monde de Belgique (CADTM) ou laspect militaire ce qua fait Catherine Samary, également dirigeante de la IVe Internationale et spécialiste des Balkans.
Pour quun fort courant anticapitaliste émerge dans les mobilisations, il faut que des mouvements qui saffrontent à tous les effets inégalitaires et injustes de la globalisation capitaliste se développent et participent à ces mobilisations. Nadia de Mond dItalie a insisté sur la nécessité dun mouvement féministe, qui défende aujourdhui les droits des femmes au sein de ce mouvement et par ses propres mobilisations. Il doit être également international et internationaliste et les contributions des camarades de lAfrique du Sud, et de lAmérique latine sur les formes du mouvement dans leurs pays contre la dette en Afrique du Sud, contre la Zone de Libre Échange des Amériques au Mexique (ZLÉA), linitiative du Forum social mondial au Brésil ont été beaucoup appréciées. Dans le mouvement en Europe la référence au mouvement zapatiste au Mexique est très forte. Plus de soixante jeunes se sont retrouvés avec Braulio Moro, pour discuter de la lutte et de la réalité des Zapatistes.
Cest dire un programme politique très riche, avec des intervenant(e)s qui apportaient des expériences, des fruits dun long travail sur toutes ces questions, et dautres thèmes essentiels comme lécologie et la libération sexuelle. Sur cette dernière question, toujours dune grande importance théorique et dans la vie des gens, lespace lesbigay, ouvert à toutes et tous qui veulent se poser des questions sur leur sexualité et qui organise chaque année une des meilleurs fêtes du camp, a été largement fréquenté et ses activités très réussies.
Cinq ou six commissions parallèles sur le thème du jour, les débats et autres rencontres dans les espaces, les réunions de délégation pour préparer les débats de la journée ou pour en faire le bilan, les réunions entre délégations pour échanger des expériences, sinformer, tout en profitant bien de la chaleur de laprès-midi pour faire une petite sieste et se mettre en forme pour les fêtes du soir, il ny avait pas de temps morts.
Un petit groupe de camarades, représentant les différentes délégations, avait pour tâche davancer dans la discussion sur le travail commun dans le mouvement contre la mondialisation capitaliste. Cette commission permanente sest fixé un programme de discussions allant dun bilan de la mobilisation pour Gênes, passant par les formes de radicalisation des jeunes dans ce mouvement, comment combiner le renforcement du mouvement avec une activité et profil spécifiques de nos organisations, la solidarité internationale (avec la Palestine, contre le Plan Colombie) dans le mouvement jusquà des questions plus pratiques dela mobilisation pour Bruxelles au moment du sommet européen en décembre.
Au moment du stage de préparation à Pâques, nous avions constaté des fortes inégalités entre les pays concernant létat du mouvement contre la mondialisation capitaliste. Il y avait des pays où il nexistait quasiment pas, comme le Portugal, où il était surtout un phénomène dun mouvement largement influencé par les églises contre la dette (cétait le cas de lAllemagne) dautres où ATTAC semblait rassembler surtout des anciens qui retrouvaient une façon de faire de la politique, les jeunes ayant du mal à trouver une place (lexpérience des camarades danois). Par contre notamment en Italie, mais aussi dans lÉtat espagnol et en France, ce mouvement avait déjà commencé de toucher des jeunes. Il a suffit de quelques mois, entre Pâques et le camp, pour voir le mouvement se développer à grande vitesse. Et même si nos camarades du Portugal formaient à Gênes la seule délégation organisée de leur pays, tout le monde a participé dans des cadres de mobilisation unitaire pour Gênes. Cest évidemment un acquis très important, surtout là où ces collectifs unitaires touchent des groupes et des organisations de jeunes, et nos camarades dans les différents pays feront tout pour les renforcer.
Beaucoup de jeunes gens qui commencent à se radicaliser sur la question de la globalisation sorientent naturellement vers des formes daction directe, de désobéissance civile qui provoquent discussion dans le mouvement, pas seulement entre les générations mais entre des jeunes. Les mouvements comme la marche rose, les tute bianche italiennes sont des facteurs importants dans ce mouvement. Le « black block » représente évidemment une tout autre dimension du débat. Des questions posées qui il faut continuer de discuter entre nous et dans le mouvement.
Mais justement, peut-on parler « dun mouvement » ? Le mouvement contre la mondialisation capitaliste est en fait pluriel, composé de toute une série de mouvements, de collectifs, de syndicats, de groupes féministes, de groupes écologistes, dinitiatives nationales et internationales. Comment y être, comment renforcer tous ces mouvements et donc le mouvement densemble, tout en renforçant nos organisations jeunes ? était également une préoccupation des camarades. Ou encore quel lien entre notre travail de solidarité avec celles et ceux qui sont en lutte ailleurs et le mouvement contre la mondialisation capitaliste ? Comment se mobiliser contre les effets de la globalisation sur le plan militaire ? Pas de prétention davoir apporté des réponses complètes à toutes ces questions, mais un début de réflexion commune qui doit se poursuivre aussi bien au plan national que dans les rencontres internationales.
Mais la politique ne se résume pas aux seules discussions, il y a aussi le côté pratique. Et donc pour Bruxelles une coordination par e-mail sest mise en place, pour quon y arrive avec un tract commun et quon fasse ensemble sentir la présence des jeunes dans cette mobilisation.
Mais avant daller à Bruxelles il y a lactivité dans chacun des pays. Il y a le devoir de solidarité avec les jeunes Kabyles dAlgérie, dont le mouvement a été présenté et analysé par 5 jeunes camarades du Parti socialiste des travailleurs actifs dans ce mouvement qui avaient fait un grand effort pour être présents au camp. Autre devoir de solidarité, avec la Palestine, où les jeunes camarades français ont organisé une délégation de solidarité et de témoignage.
Dans dautres pays, les nouveaux développements politiques ont ouvert des possibilités pour renforcer la gauche radicale anticapitaliste. On peut citer le Bloc de gauche au Portugal, la nouvelle organisation de jeunesse au Danemark qui sont déjà des nouvelles formations organisationnelles. Il y a également la possibilité de travail commun entre des organisations séparées qui commencent à trouver de nouvelles convergences. La délégation venue de Grèce en était lexemple avec, autour des jeunes partisans de la IVe Internationale, six autres organisations, certaines politiques, dautres des groupes de jeunes contre la globalisation, participaient dans la délégation grecque au camp. La présence dune délégation de jeunes du Socialist Workers Party britannique, ou celle de jeunes du Parti socialiste polonais témoignaient aussi de cette recherche de convergences.
En France, les camarades des JCR, se mobilisent déjà autour de la candidature de Olivier Besancenot, postier de 27 ans, lui-même ancien dirigeant des JCR, qui est présenté par la LCR aux élections présidentielles de juin 2001. Les camarades français(es) espèrent quà la suite dune campagne réussie autour de cette candidature ils et elles se retrouveront nombreux à accueillir les délégations au 19e camp en France en 2002.
* Penelope Duggan est membre du Secrétariat unifié de la IVe Internationale, responsable en son sein pour la jeunesse.