Boguslaw Zietek : Oui, car ce fut pour nous une campagne réussie et sérieuse. Nous avons montré que le PPP avait un programme cohérent, vraiment de gauche, alors que les autres partis ne pouvaient se différencier sur le fond. Bien sûr, le résultat des élections est en deçà de ce succès de la campagne, mais on ne peut pas dire qu’il soit désastreux. Nous avons obtenu 160 000 votes — aux précédentes législatives nous n’en avions eu que 91 000. Le soutien que nous avons reçu est assez équilibré, nos scores varient entre 0,5 % et 2,5 % en général.
C’est Loi et Liberté (PiS) (1) qui a échoué, car il a perdu le pouvoir. Gauche et démocrates (LiD) (2) a aussi échoué, car il annonçait qu’il disposera de plus de 100 mandats. En ce qui nous concerne, avec une campagne électorale incomparablement moins coûteuse, nous avons obtenu à peine un peu moins de votes que les partis parlementaires, Samoobrona (Autodéfense) (3) et la Ligue des familles polonaises (LPR) (4). Nous avions mené notre campagne en étant complètement ignorés par les médias et en subissant une discrimination malhonnête, car conduisant à la falsification de la réalité, des instituts de sondages qui ne nous mentionnaient pas, créant ainsi non seulement les vainqueurs de ces élections, mais l’ensemble des résultats électoraux (5).
Ce qui fut notre réussite, c’était de présenter notre programme. Ce n’est pas le fonctionnement dans le parlement qui permet de mesurer notre succès, nous finirons de toute façon par y accéder tôt ou tard, c’est le fait que nous existons parmi les travailleurs. Ce n’est pas le cas des partis virtuels qui n’existent que dans les médias et dans les sondages.
Ce sont Samoobrona et la LPR qui ont subi des graves défaites. Le grand perdant de cette élections c’est le chef de Samoobrona, Lepper. Le parti des révoltés, que fut jadis Samoobrona, a disparu laissant la place à un club de grands propriétaires terriens et de députés ignoblement riches, qui n’ont rien en commun avec les gens qu’ils prétendent représenter.
Boguslaw Zietek : Non. Lepper a perdu toute sa crédibilité. Il ne la retrouvera pas en multipliant des déclarations. Son problème, c’est qu’il n’a pas d’idées. Il y a peu, il fondait un nouveau parti avec Roman Giertych, le chef de la LPR d’extrême droite, et maintenant il se réclame de la gauche. Il y a un degré d’arrogance et de cynisme qui n’est pas acceptable pour des électeurs, même s’ils sont attachés à un parti, comme les derniers résultats de Samoobrona le montrent. C’est une blague que de prétendre, comme ils l’ont fait, qu’ils étaient au gouvernement mais qu’ils n’en sont pas responsables.
Boguslaw Zietek : Aussi bien Piotr Ikonowicz (6) que Lukasz Foltyn n’ont aucun projet politique. Ils ne font que ce qu’ils pensent être payant pour eux. Il était pour moi inimaginable de se présenter sur la liste de Samoobrona, comme Piotr Ikonowicz, qui a fait un choix inacceptable. Je voudrais bien savoir aussi comment Lukasz Foltyn pouvait accorder ses idées social-démocrates avec l’engagement dans un parti qui est le partenaire stratégique de l’ultra-libérale Plate-forme civique (PO) (7). Car ni le PSL, ni PO n’ont caché, au cours de la campagne électorale, leur aspiration à former un gouvernement ensemble. Il vont maintenant introduire l’impôt à taux unique, qui sera encore un cadeau pour les riches et qui frappera les plus pauvres. Actuellement les 5 % des plus riches absorbent 50 % de la consommation à l’échelle nationale. Sous le gouvernement du Parti civique cette proportion va changer : les 5 % les plus riches absorberont 80 % des biens, alors qu’il y aura plus d’enfants affamés, plus de gens vivant sous le minimum existentiel, exclus de la vie politique, sociale et économique. Encore deux millions de jeunes vont fuir le pays. C’est une orientation qui mène à la catastrophe.
Boguslaw Zietek : Tous ces partis avaient déjà eu l’occasion de réaliser leurs projets, car tous avaient été au gouvernement. Le PPP considère que l’armée doit être retirée de l’Irak et de l’Afghanistan immédiatement et inconditionnellement. Les autres partis répètent sans cesse que c’est le niveau de la croissance qui est déterminant pour le niveau de vie. Depuis 18 ans nous avons une croissance, mais elle ne liquide ni la pauvreté, ni l’indigence. nous avions été les seuls à mentionner le niveau d’indigence particulièrement dramatique en Pologne. Les autres parlaient d’entrepreneurs. Ils s’inquiètent du sort des entrepreneurs, des businessmen, mais pas de celui des salariés embauchés avec des salaires de misère et travaillant dans des conditions dignes de l’esclavage. La privatisation de tout, y compris des services publics, et la baisse des impôts — tels sont les slogans autour desquels se déroulait la campagne des autres partis. Grâce au PPP pour la première fois dans une campagne électorale il a été question de l’exploitation des travailleurs, du non-respect général de leurs droits, des conditions contraires au code du travail, de l’embauche sans aucune garantie. Nous avons introduit dans le débat politique en Pologne la question de leurs droits, de leurs revenus et de la protection sociale. Nous disions et nous continuons à dire, que le travailleur ne peut pas être réduit à une « force du travail pas chère », qu’il ne peut être un esclave, comme cela arrive dans les cas de ceux qui sont employés avec divers contrats iniques. Beaucoup de gens demandaient si quelque chose allait changer après ces élections. La question n’est pas de changer quelque chose — tout doit être changé.
Boguslaw Zietek : Lors de l’élection présidentielle (en 2005) un sondage a été réalisé parmi les sans domicile vivant dans la gare. Il s’est avéré que c’était Andrzej Olszewski (8) qui jouissait chez eux de la plus grande popularité. Cela indique que nous continuons à voter pour des illusions et non en fonction de nos intérêts. Ceux qui ont cru que la Plate-forme civique (PO, ultra-libérale) allait s’occuper du sort de la majorité de la population vont vite déchanter. Pour la majorité de la société ce gouvernement sera un désastre. Mais il en est ainsi toujours lorsque les gens s’orientent en fonction de leurs illusions et non de leurs intérêts.
Boguslaw Zietek : Elle a été capable de faire croire aux gens qu’elle s’occuperait de leur sort. Les solutions concrètes, antisociales, qu’elle propose ont été mises au second plan dans sa campagne. Et il s’agit là, je le rappelle, des impôts injustes, d’une politique antisociale en ce qui concerne les droits des salariés et de la privatisation, qui comme le montre la pratique, est une catastrophe.
Ce gouvernement mènera la société vers un désastre. On peut en être certain, car ce n’est pas un gouvernement nouveau. Il s’agit de ceux qui ont participé au pouvoir au cours des 18 dernières années et on a pu voir les effets de l’idéologie qu’ils représentent.
Boguslaw Zietek : Ils devraient parfois sortir de leurs limousines, laisser les gardes du corps et regarder quels sont les effets de leur politique. La seule différence avec Kaczynski et son peu glorieux « fous le camp, gueux ! », c’est que les gardes du corps n’auraient jamais laissé un « gueux » les approcher d’aussi près.
Boguslaw Zietek : Ils vont privatiser non seulement les mines, car la seule chose que PO peut proposer c’est la privatisation rapide de tout. Face à ce gouvernement il y aura rapidement de nouveaux conflits sociaux violents. Si après les expériences de ces dernières années quelqu’un croit encore que la privatisation est la seule solution pour résoudre les problèmes, que c’est le remède à tous les maux, c’est qu’il est simplement bête. Des « bienfaits » de la privatisation témoignent les entreprises fermées et vides, la situation de gens qui vivent dans les logements et les immeubles des entreprises vendues pour rien. ce sont des millions de gens qui sont victimes de la doctrine néolibérale de la privatisation de tout, à tout prix.
Boguslaw Zietek : Il n’y a pas de grandes chances pour cela à mon avis. Le regroupement qui a pris pour nom Gauche et Démocrates est en réalité un groupe libéral du centre et il n’emploie le nom de « gauche » que pour tromper les gens. Mais la majorité de ses électeurs le savent. La majorité de ceux qui votent pour le LiD s’est laissée convaincre que le vote pour le moindre mal n’est pas un mal. Seulement la réalisation conséquente d’un tel principe ce n’est pas le vote en faveur du LiD mais… en faveur de PO. LiD n’a pas caché son aspiration à réaliser un accord politique avec la Plate-forme civique. Parmi les chefs du LiD le cours libéral de cette formation est parfaitement accepté. L’électorat social dans sa grande majorité est resté auprès du PiS, et la grande majorité de cet électorat ne participe pas aux élections. Mais cela ne signifie pas qu’ils n’ont pas besoin d’une représentation politique. Ils en ont besoin, mais peu d’entre eux connaissent le PPP. C’est pour cette raison que les médias ont si peur de nous. C’est pour cela qu’ils ne parlent pas de nous et qu’ils ne veulent pas nous permettre d’atteindre la conscience de ces gens. Heureusement le monde existe en dehors de la TV et même si c’est beaucoup plus difficile, nous parviendrons à atteindre ces gens, en construisant une formation de gauche là où elle devrait exister de manière naturelle : dans les entreprises et dans les rues.
Boguslaw Zietek : Nous allons poursuivre. Nous continuerons à construire par en bas un mouvement de résistance à l’exploitation, à la faim, à la misère et à l’exclusion. Comme nous l’avons fait jusque-là, nous atteindrons la jeunesse en soulevant — ce que les autres partis ne font pas — la question des bas salaires, des conditions de travail de plus en plus difficiles, qui touchent en premier lieu justement les jeunes. Car ce sont eux surtout qui ne peuvent espérer une embauche avec un contrat de travail et c’est à eux qu’on offre des sous-contrats qui n’accordent aucun droit. Et cela ne concerne pas les seuls ouvriers ou les caissières des super- et hypermarchés. Pour ces jeunes, qui ont la chance de pouvoir fuir vers l’Occident, il n’est pas acceptable de devenir des esclaves contemporains. Pas seulement pour des raisons matérielles, mais aussi pour des raisons psychologiques.
Nous allons faire plus d’actions comme nos mobilisations à Wroclaw ou à Lodz contre les pratiques des entreprises telles qu’Impel (9) et les agences de location de la main- d’œuvre temporaire. Tous ceux qui sont socialement actifs viendrons tôt ou tard au PPP. Et c’est le meilleur moyen de construire un parti, car les gens savent pourquoi ils veulent s’y engager.
Propos recueillis par Dariusz Zalega et Michal Radziechowski
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